Quelques notes sur l’œuvre de Dorothée Richard

 

Dorothée sait planer comme un aigle au-dessus des choses, mais peut à tout moment se fondre dans le plus petit, le plus insaisissable élément. Même ses plans larges ne négligent pas le détail isolé, détail insignifiant qui bien que modeste peut révéler quelque chose, ce presque rien qui résiste à l’agitation du temps.

 

Il n’y a pas de parti pris esthétique chez Dorothée, elle ne fait pas spécialement de calcul, elle intervient discrètement sur le réel, redonne vie à une scène banale, à quelques objets usuels, à deux ou trois personnes sans attente particulière. Elle traverse intuitivement son objet, lui apporte de l’expressivité, une densité en mouvement qui modifie le rythme de l’ensemble. Les traits de feutre, qu’elle laisse volontairement visibles dans les aplats de couleur, créent en effet un relief, un miroitement, une vibration légère qui sous-tend toute la toile et forge sa présence discrète mais singulière. Ce geste répétitif du coloriage, nerveux et apaisant, Dorothée s’y absorbe et peut s’y abandonner jusqu’à suspendre le temps, un espace-temps qu’elle ne maîtrise semble-t-il plus vraiment pour que la frontière du proche et du lointain s’atténue et que s’emmêle très simplement l’ordinaire à l’extraordinaire, un temps précis et dissolu : hors du monde et pourtant si près de son incertitude.

 

La vigilance et la rêverie : un contraste assumé qui fait écho à l’impatience de Do d’achever une œuvre tout en empruntant une temporalité ralentie, un silence sans fin qui se craquèle d’impatience, un silence qui vibre pour ouvrir la toile grâce à l’immédiateté du feutre. Le feutre amène de la densité au silence, la couleur est là pour intensifier l’existence et alimenter les premiers glissements de l’imaginaire, le quotidien devient autre chose, la naissance du rêve est possible dans le plus commun des espaces.

 

L’illumination d’un paysage ou d’une scène relève avant tout du vagabondage, c’est ainsi que Dorothée est une artiste de proximité : tout l’intéresse ! Le réel pour les rêveurs attentifs est déjà un imaginaire d’une profondeur souvent inouïe, les couleurs rêvent les yeux ouverts (leur alchimie, leur densité, leur fluidité), le quotidien le plus insignifiant peut prendre parfois une profondeur inconnue. Un travail manuel d’enluminure où l’enfance éclaire son geste sans l’enfermer dans une naïveté réductrice.

 

Do ne maquille pas la réalité, ne surexpose pas de la couleur aux choses, elle leur redonne un cœur, une autonomie, elle se faufile à l’intérieur des choses et renforce un éclat qui dormait depuis longtemps. Mais son réalisme est sublimé par les vibrations insaisissables de la couleur, c’est presque un théâtre métaphysique qui s’éveille de cette fragmentation, ce flou naissant qui échappe à la fixité d’une image. La pensée est d’abord troublée, comme quand on se lève trop vite, comme dans une demi-absence. Finalement, de l’œuvre de Dorothée émerge un léger sentiment d’étrangeté, mais sans malaise.

La sinuosité des lignes du monde passe et repasse en boucle à notre insu, un monde ralenti imprègne l’atmosphère, un magnétisme, une sensualité se glisse dans les fonds, le poids de la couleur fixe à peine le mouvement, la poésie est sans illusion et néanmoins demeure disponible d’un instant à l’autre, même dans la plus appauvrie des circonstances.

 

Du fugace à l’immuable, la frontière est ténue, des scènes éphémères sont sauvées de la disparition, l’artiste manifeste de la joie à s’emparer de ses feutres pour transfigurer des aspects voilés ou délaissés de notre existence, joie qui peut tout naturellement basculer vers la mélancolie parce que les lieux anonymes possèdent une force incompréhensible qui nous dépasse et que seules les multiples touches de feutres peuvent contenir. Ainsi l’errance tranquille de Dorothée n’est pas douloureuse, nul besoin de torturer le monde ou d’en alourdir volontairement la charge mélancolique pour évoquer l’étrange aimantation de sa rêverie.

D’ailleurs dans ces lieux presque dénués d’intérêt, elle nourrit une affection particulière pour les « angles morts » soustraits à notre première attention, elle y respire, elle y recompose une vie singulière.

C’est pourquoi Dorothée aime les toits : parfaitement anonymes et pourtant étrangement familiers, les toits des villes sont comme une part invisible de nous-mêmes, ils sont des angles-morts qui savourent leur solitude et accrochent souvent de belles perspectives grâce à l’immédiate démesure du ciel, toutes sortes de ciel, des ciels fuyants, des ciels déformés comme une œuvre imprévisible, des ciels qui s’effondrent sur les toits avec une certaine puissance, parfois avec douceur.

 

 

                                                                                          Anthony BURTH

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     Je travaille à collecter des fragments de vie d'une apparente trivialité où se côtoient le collectif et l'intime: des scènes de vie, des intérieurs, des bâtiments, des paysages, etc.

     Depuis quelques temps, je me sers de feutres et de leur immédiateté pour fixer des images avant qu'elles ne disparaissent, ne soient oubliées. Ce travail s'enracine dans ce qui m'entoure, avec la volonté de trouver l'expression juste et la permanence pour chaque chose.

     Le banal m'intéresse: un sujet commun tel qu'un intérieur, un toit, est à mon sens captivant. Il n'y a plus de hiérarchie entre les choses, un évier est aussi important qu'un visage.

     Par les cadrages, les perspectives, les détails, les couleurs, je veux emmener le regard  sur l'évidence du quotidien, en dégager une certaine poésie, et renouveler la vision de ce qui nous environne.

 

     Je réponds également à des commandes artistiques, et réalise des illustrations pour l'édition, la presse et la communication.
Mon outil privilégié est le feutre.
Pour toute commande ou demande, n'hésitez pas à me contacter.

 

 

      I am working on collecting life fragments, mixing public and private ones: life moments, inside home, buildings, landscapes, etc.; apparently commonplaces.

      Since a couple of months, i am using markers and their immediacy, to fix images before they disappear. This work is linked with what surrounds me, with the aim to find the right expression and permanency for each element.

      Commonplaces strikes me: a subject as a kitchen, a roof, is to my sense very interesting. There's no more hierarchy between things, a chair is as important as a face.

      With the framing, perspective, details, colors, i want to give a certain poetry to common subjects and renew the vision of what is around us.

 

    I respond to artistic orders, and realize ilustrations for edition, press and communication.
My main tool is marker..
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