Si tu traces une route, attention,

tu auras du mal à revenir à l’étendue.

 Henri Michaux

 

 Dorothée Richard est têtue comme un voyageur sans destination figée et la vitalité de son art tient peut-être à son irrépressible désir de mouvement, déambulation poétique obstinée pour explorer la sensualité du réel et donner par petites touches de l’élégance à un sentiment primitif : une volonté de sortir du cadre sans déchirure, transgression à la folie contenue, sans crispation ni violence.

 

 Elle ne renonce ni à la simplicité du réel ni à la poésie d’un ailleurs, ni à la figuration et à la permanence, ni à l’abstraction de la spontanéité, sa démarche est faite d’insouciance et de hasard, œuvre de désinvolture volontaire, elle traverse les lieux comme on réanime un rêve un peu effacé de sa mémoire ; alors que de nombreux artistes traduisent le désenchantement du monde, elle explore encore son envoûtement immédiat et, à une époque où la crédibilité artistique passe souvent par l’assombrissement des formes, elle prend le risque elle des couleurs tranchantes.

 

 Lorsque l’on pénètre dans une pièce remplie de ses dessins, nous sommes frappés par la fulgurance de la luminosité, l’intense sensation de flottement des couleurs nous saute aux yeux comme si on avait ouvert un coffre : aimantation onirique dans le pépiement des pigments qui se libèrent des formes pour envahir l’espace et nous faire franchir une première frontière vers son univers. C’est à se demander si le pouvoir de ses feutres malicieux n’est pas non seulement de mettre le feu aux paysages mais aussi, intuition délibérée, de conserver ouverte une part originelle de l’enfance dont on s’est tous, à des degrés divers, détournés par souci de se conformer à la maturité de l’âge, à la maitrise relationnelle où l’émotion est bâillonnée comme un animal trop imprévisible.

 

 Croire cependant que la couleur apaise est une illusion. C’est une masse rêveuse qui ne cesse d’attiser les présences, de réveiller la matière, de redresser la rétine : imperceptiblement vibrante, la couleur vient à nous. Les dessins de Dorothée Richard possèdent certes une candeur primesautière qui réveille notre capacité à nous émerveiller devant les nuances inépuisables de la lumière sur les choses qui nous entourent mais on apprécie également lorsque ses compositions se chargent d’une tension, d’une perception plus tourmentée du monde.

 

 L’art peut nous donner l’illusion de découvrir le monde pour la première fois. Tout s’efface devant le surgissement d’une autre vie, la « présence » transfigure des lieux que l’on croyait connaitre, Le monde fleurit par ceux qui cèdent à la tentation disait Julien Gracq, il faut partir, il faut traverser sans cesse le premier rideau des couleurs, s’égarer dans ses plis comme dans un rêve éveillé − s’égarer c’est rester en éveil − pour fixer le trouble d’une image et ses correspondances, rejoindre l’inachevé des communs, le fugitif − ce qui est provisoire devient souvent poétique. Dorothée Richard donne de l’intimité à la chose anonyme − la puissante simplicité du presque rien − comme si une buée d’âme s’était engouffrée dans ses feutres pour peupler l’espace sans se diluer, les couleurs se juxtaposent et étirent le ciel, ralentissent le temps, accentuent l’effet de dérive et de dénuement, voluptueuse bohème du regard.

 

Prendre la route vers les grands espaces, errer vers l’indéfini, est une caractéristique majeure dans le travail de Dorothée Richard qui aime voyager dans les marges, s’emmêler aux paysages, au dégradé des heures. Ses Road trips font écho à une quête d’oubli et de redécouverte. Recommencer à vivre, fuir un monde ordonné et comptable dont nous sommes devenus parfois des prisonniers sans visage. La nature sauvage, les plaines et les ciels se prêtent particulièrement bien à la réinvention des lieux par la foisonnante folie des couleurs, combinées à de singulières atmosphères. Attirance de la marginalité, miroitement subversif de l’improvisation, volatilité du souvenir, perdre traces, comment dessiner ce flou naissant qui échappe à la fixité d’une image ? C’est toute l’excitation de ces routes interdites : plonger dans l’ivresse émancipatrice de l’instant pour l’instant, mais aussi traverser la mélancolie d’un voyage sans retour qui nous condamne à parsemer les ciels de vides déformés du passé qui reviennent nous hanter quand nous ne savons plus qui nous sommes. La liberté aux racines tourmentées.

 

Les voitures flottent éblouies par la chaude étrangeté des couleurs, roulent pour l’inconnu, hésitent, s’affolent paisiblement, évitent quelque chose ou semblent aimantées par autre chose qui les dépasse, l’insaisissable liberté comme un bourdonnement à portée de mains, cristal et fumée de son vide, de son silence peuplé, il y a tout et il n’y a rien sur cette route, ces véhicules sans âge échappent à eux-mêmes et à un monde qui se referme derrière eux, sans direction et c’est ce ciel déchiré qui fait de cet instant une mort douce où se perdre et se démultiplier, la cible est la route elle-même comme une métaphore de la disponibilité de l’artiste pour l’imprévisible.

 

 Il y a souvent dans l’art de Dorothée Richard la sensation d’un lent travelling, une trame narrative qui émerge comme une mélopée lancinante. Il y a aussi de l’estampe, il y a la méticulosité d’une touche japonaise, une lente approche qui effleure l’immobilité d’un instant mais déjà les paysages se déplient comme le mouvement d’un accordéon, ses ciels givrent et se déforment avec l’horizon, se chargent d’une densité charnelle ; à la croisée de plusieurs sens, distraite et attentive, Dorothée Richard déambule sans cesse, le temps continue de s’écouler à travers l’œuvre grâce aux petites touches nerveuses de ses feutres, la couleur se fixe tout en laissant sa sensibilité réagir aux variations de la lumière, changeante comme le désir à la poursuite d’une métamorphose permanente.

 

 La couleur contrairement aux mots possède une vie immédiate qui jaillit en nous au-dessus du sens et habille ou déshabille une conversation qui nous précède en laissant nos yeux ouverts sur un bord indicible.

 

 Nuit insondable de la couleur. Le dessin change le poids de ce monde et compose avec l’éblouissement du doute. La jeunesse c’est quand on ne sait pas ce qui va arriver dit encore le peintre Henri Michaux. Dorothée Richard redécouvre en temps réel ce monde où l’on ne fait que passer, mais elle privilégie l’intériorité d’une sensation et donne ainsi l’impression contradictoire d’être partout chez elle et toujours en exil. Une route spontanée s’offre, s’ouvrant sur une frontière floue entre la terre et le ciel, dont le volume s’accomplit grâce aux couleurs qu’elle sait juxtaposer pour dérouter le regard par des combinaisons qui nous semblent parfois fortuites.

 

 L’abondance du gris permet en effet de faire décoller la puissance des couleurs plus vives : grands aplats de bleus (bleu franc, cobalt, azur, indigo, arctique, céruléen, royal…), variations de jaunes et de roses (safran, sable, saumon, corail, pivoine, incarnat…), intemporalité des masses nuageuses, miroitement nostalgique des bois, des plaines, des monts. Le contraste des vastes couleurs du froid et de celles plus nuancées, plus discrètes de la chaleur accentue la profondeur de la perspective et trouble l’œil avec une plongée immédiate dans le lointain sans quitter l’impression de proximité (effet typiquement richardien), le centre de gravité est modifié, modulé, de la solitude lancinante à l’enchantement fugace.

 

 Le léger flottement que l’on retrouve dans ses dessins n’évoque pas uniquement le caractère éphémère d’un instant ou l’intemporalité vagabonde, l’arrondi des lignes souligne aussi la sensualité diffuse très prégnante dans son œuvre malgré l’évanouissement des corps à l’intérieur de ses paysages.

 

 L’artiste n’aime pas la foule. C’est peut-être pour cette raison que ses feutres facétieux accrochent souvent un coin de ciel, alchimie à la perspective fuyante vers un ailleurs désirable. Elle fait le pari de hanter d’enluminures les plus simples jours, de dépasser les contradictions du rêve éveillé par la recherche imprévisible de l’élégance.

 

 Mais Dorothée Richard est-elle vraiment silencieuse ?

 On perçoit quelquefois un très léger brouhaha.

 

 Anthony Burth

 

 

 

 

Poème sonore Anthony Burth

 

Sur la route

 Avec Dorothée Richard

 Aux portes du très vieux silence

 De la matière

 Sur la route aérienne

 Chevelure de papiers

 Flamme noire des Beaux arts

 On the road

 Flânerie musarderie

 Des sensations enfouies

 Qui se sont dispersées

 La proximité d’une intuition

 Couleur primitive de la vie

 Mélange d’innocence et d’excentricité

 

 Le monde enchanté

 De Dorothée Richard

 Est un monde plus

 Dangereux qu’il n’y parait

 Sanctuaire de la couleur

 Certes

 Mais il s’y passe aussi

 Des choses étranges

 Des choses inquiétantes

 Comme une odeur de sang

 Derrière le bruit des feutres

 Dorothée n’est peut-être

 Pas si humaine que cela

 Sous la fragmentation des lucioles

 Ses dessins sentent la nuit

 

 Le romantisme d’une fumée indienne

 Solitude de l’enchantement

 Dieu est livré à lui-même

 Comme une toile de Van Gogh

 Tout est toujours plus vaste

 Les éléments plus puissants

 Plus envahissants

 Le monde nous dépasse

 Et Dorothée en sensualise le flux

 En ralentit le courant

 Malicieuse et vagabonde

 Elle voit une scène sous la scène

 Une autre histoire

 Un récit détaché du temps

 Paysage anonyme

 Traverse le regard

 Les dessins longent l’abstraction des passants

 Et allument des feux dans leur esprit

 Le vernis du monde est une solitude

 Et Dorothée sait en décloisonner la rumeur

 

 Étincellement

 Élargissement

Incandescence

 Passer l’horizon au court-bouillon

 ONIRISME

 La maitrise lyrique du temps

 C’est le rêve poétique de Dorothée Richard

 Tremper la plume de ses feutres dans un songe éveillé

 Dorothée est une sauvage

 Au cœur d’alouette

 

 Elle se lève parfois

 Sur des matins fantomatiques

 Son œil s’ouvre comme une lucarne

 Quelques flaques de couleurs dansent

 Lentement sur les murs

 Ses feutres bougent

 

 9h37 son agent l’appelle

 Il n’est pas de bonne humeur

 Il veut plus de dessins

 Pour ce soir

 Pour demain

 Pour ce week-end

 Des grands formats

 Des raisins

 Des triangles des vignettes

 Tout ce qui peut s’encadrer

 Dorothée argumente

 Demande grâce

 Elle a mal aux poignets

 Son agent s’emporte

 Il parle de New York de Londres

 Dorothée entend son âme brûler

 Elle raccroche

 Elle recouvre de couleurs

 Un brouillon de trait

 Elle s’agite elle râle elle rit

 Quel bazar dans sa tête

 Des rivières de couleurs

 Traversent son crâne

 Le silence elle connaît

 Elle connaît bien

 L’étrange bruit des feutres

 

 Entre centre et absence

 Un lieu presque irréel

 Une quête aux urgences de l’art

 Impatience de l’artiste

 Sur la route, serrée comme une bougie

 Entre Allen Ginsberg qui monologue

 Sur la solitude des grands peintres

 Puis se met à pousser des cris comme

 Antonin Artaud

 Puis Kerouac qui murmure l’écho

 D’une pluie mystique

 À l’oreille de William Burroughs

 Qui a le visage figé comme un bronze

 Depuis qu’on lui a volé son chapeau

 

 Dorothée dans la vallée improbable 

 Solitude de l'enchantement

 Nyctalope dans les ruelles sinueuses

 Dorothée déambule

 Entre les grumeaux de la lumière

 Elle flâne elle longe les lignes

 Elle traverse les aplats bleu nuit

 Sur la route cabossée

 Dans les ruines de la modernité

 Il y a toujours un dessin

 Qui surgit de l'âme des chiffonniers

 

 Dorothée se couche à 3 h

 Elle a rencontré un autre artiste

 Et quand deux artiste se rencontrent

 La relation à l'art se complique

 Les bières et les théories fusionnent

 Le lendemain

 Sa tête est une balançoire

 Elle enfile son short en coton équitable

 Et fait deux tours du Parc sans respirer

 Elle court elle rêve qu'elle court

 Elle dessine en rêvant

 

 9h pile son agent l'appelle

 D'habitude il ne s'emporte jamais

 Mais là il n'est plus lui même

 Depuis qu'il a compris que Dorothée

 Est une dessinatrice pop

 Une post punk New Waves de Normandie

 Une inclassable de l'innocence

 Une sandale du bouddhisme

 Son agent s’étouffe avec son café

 Dans une porcelaine d'Andy Warhol

 

 Dorothée fouille le réel

 Comme dans un sac à main

 Le corps de l’artiste

 Est aspiré dans ses grands aplats

 Elle s’endort

 Elle voit passer le Douanier Rousseau

 Dans la faune naturelle

 De son appartement

 Cuisine d’un pays lointain

 Dissolution

 Recomposition

 Les lèvres bleues de Chine

 Les yeux jaunes

 Les bras rouges

 Mosaïque noir du ventre

 La langue comme une crêpe verte

 

 Les feutres ressoudent le monde

 Lorsque le réel intime de l’étrange

 Fait alliance avec l’incertitude

 FEROCITE des feutres

 Elle maquille l’anonymat

 Et la nudité des faubourgs

 

 La lumière

 Le déliement

 Se perdre dans le plus simple des hasards

 La couleur est mon obsession quotidienne

 Ma joie et mon tourment disait Claude Monet

 Dorothée rêve

 Elle écoute beaucoup de musique

 C’est la musicalité du pigment

 Des trucs répétitifs

 Le sabre clair du reggae

 Baobab philarmonique

 La ritournelle d’une voix exotique

 Des instruments du soleil

 Des étincelles du grand rêve

 Qui rechargent les centaines de feutres

 Illusion merveilleuse de la couleur

 Fixer l’intensité du temps

 Abolir le mot fin

 L’équilibre de l’éternité d’un instant

 Rien ne bouge tout bouge

 Le temps meurt par petites touches

 

 Dorothée nerveuse et paisible

 Elle rêve à la maitrise passionnée de l’invisible

 L’enfance de l’art

 Liberté de trébucher sur les plaines

 Liberté d’ouvrir de toutes petites fenêtres

 Liberté de détourner les vitrines abandonnées du lyrisme

 

 

 

 

Quelques notes sur l’œuvre de Dorothée Richard

 

Dorothée sait planer comme un aigle au-dessus des choses, mais peut à tout moment se fondre dans le plus petit, le plus insaisissable élément. Même ses plans larges ne négligent pas le détail isolé, détail insignifiant qui bien que modeste peut révéler quelque chose, ce presque rien qui résiste à l’agitation du temps.

 

Il n’y a pas de parti pris esthétique chez Dorothée, elle ne fait pas spécialement de calcul, elle intervient discrètement sur le réel, redonne vie à une scène banale, à quelques objets usuels, à deux ou trois personnes sans attente particulière. Elle traverse intuitivement son objet, lui apporte de l’expressivité, une densité en mouvement qui modifie le rythme de l’ensemble. Les traits de feutre, qu’elle laisse volontairement visibles dans les aplats de couleur, créent en effet un relief, un miroitement, une vibration légère qui sous-tend toute la toile et forge sa présence discrète mais singulière. Ce geste répétitif du coloriage, nerveux et apaisant, Dorothée s’y absorbe et peut s’y abandonner jusqu’à suspendre le temps, un espace-temps qu’elle ne maîtrise semble-t-il plus vraiment pour que la frontière du proche et du lointain s’atténue et que s’emmêle très simplement l’ordinaire à l’extraordinaire, un temps précis et dissolu : hors du monde et pourtant si près de son incertitude.

 

La vigilance et la rêverie : un contraste assumé qui fait écho à l’impatience de Do d’achever une œuvre tout en empruntant une temporalité ralentie, un silence sans fin qui se craquèle d’impatience, un silence qui vibre pour ouvrir la toile grâce à l’immédiateté du feutre. Le feutre amène de la densité au silence, la couleur est là pour intensifier l’existence et alimenter les premiers glissements de l’imaginaire, le quotidien devient autre chose, la naissance du rêve est possible dans le plus commun des espaces.

 

L’illumination d’un paysage ou d’une scène relève avant tout du vagabondage, c’est ainsi que Dorothée est une artiste de proximité : tout l’intéresse ! Le réel pour les rêveurs attentifs est déjà un imaginaire d’une profondeur souvent inouïe, les couleurs rêvent les yeux ouverts (leur alchimie, leur densité, leur fluidité), le quotidien le plus insignifiant peut prendre parfois une profondeur inconnue. Un travail manuel d’enluminure où l’enfance éclaire son geste sans l’enfermer dans une naïveté réductrice.

 

Do ne maquille pas la réalité, ne surexpose pas de la couleur aux choses, elle leur redonne un cœur, une autonomie, elle se faufile à l’intérieur des choses et renforce un éclat qui dormait depuis longtemps. Mais son réalisme est sublimé par les vibrations insaisissables de la couleur, c’est presque un théâtre métaphysique qui s’éveille de cette fragmentation, ce flou naissant qui échappe à la fixité d’une image. La pensée est d’abord troublée, comme quand on se lève trop vite, comme dans une demi-absence. Finalement, de l’œuvre de Dorothée émerge un léger sentiment d’étrangeté, mais sans malaise.

La sinuosité des lignes du monde passe et repasse en boucle à notre insu, un monde ralenti imprègne l’atmosphère, un magnétisme, une sensualité se glisse dans les fonds, le poids de la couleur fixe à peine le mouvement, la poésie est sans illusion et néanmoins demeure disponible d’un instant à l’autre, même dans la plus appauvrie des circonstances.

 

Du fugace à l’immuable, la frontière est ténue, des scènes éphémères sont sauvées de la disparition, l’artiste manifeste de la joie à s’emparer de ses feutres pour transfigurer des aspects voilés ou délaissés de notre existence, joie qui peut tout naturellement basculer vers la mélancolie parce que les lieux anonymes possèdent une force incompréhensible qui nous dépasse et que seules les multiples touches de feutres peuvent contenir. Ainsi l’errance tranquille de Dorothée n’est pas douloureuse, nul besoin de torturer le monde ou d’en alourdir volontairement la charge mélancolique pour évoquer l’étrange aimantation de sa rêverie.

D’ailleurs dans ces lieux presque dénués d’intérêt, elle nourrit une affection particulière pour les « angles morts » soustraits à notre première attention, elle y respire, elle y recompose une vie singulière.

C’est pourquoi Dorothée aime les toits : parfaitement anonymes et pourtant étrangement familiers, les toits des villes sont comme une part invisible de nous-mêmes, ils sont des angles-morts qui savourent leur solitude et accrochent souvent de belles perspectives grâce à l’immédiate démesure du ciel, toutes sortes de ciel, des ciels fuyants, des ciels déformés comme une œuvre imprévisible, des ciels qui s’effondrent sur les toits avec une certaine puissance, parfois avec douceur.

 

 

                                                                                          Anthony BURTH

 

 

 

     Je travaille à collecter des fragments de vie d'une apparente trivialité où se côtoient le collectif et l'intime: des scènes de vie, des intérieurs, des bâtiments, des paysages, etc.

     Depuis quelques temps, je me sers de feutres et de leur immédiateté pour fixer des images avant qu'elles ne disparaissent, ne soient oubliées. Ce travail s'enracine dans ce qui m'entoure, avec la volonté de trouver l'expression juste et la permanence pour chaque chose.

     Le banal m'intéresse: un sujet commun tel qu'un intérieur, un toit, est à mon sens captivant. Il n'y a plus de hiérarchie entre les choses, un évier est aussi important qu'un visage.

     Par les cadrages, les perspectives, les détails, les couleurs, je veux emmener le regard  sur l'évidence du quotidien, en dégager une certaine poésie, et renouveler la vision de ce qui nous environne.

 

 

 

       I am working on collecting life fragments, mixing public and private ones: life moments, inside home, buildings, landscapes, etc.; apparently commonplaces.

      Since a few years, i am using markers and their immediacy, to fix images before they disappear. This work is linked with what surrounds me, with the aim to find the right expression and permanency for each element.

      Commonplaces strikes me: a subject as a kitchen, a roof, is to my sense very interesting. There's no more hierarchy between things, a chair is as important as a face.

      With the framing, perspective, details, colors, i want to give a certain poetry to common subjects and renew the vision of what is around us.